Gyptis et Protis, le mythe fondateur de Marseille

En 600 avant notre ère, les grecs de Phocée, une cité ionienne établie sur la côte de l’actuelle province turque d’Izmir, fondent une nouvelle colonie en Méditerranée : Massalia, Marseille. Au cœur de la légende de la fondation de Marseille, une union : celle de Gyptis et Protis.

Un récit tardif

On connaît l’histoire de Gyptis et Protis grâce à un récit de Trogue Pompée (Historiae philippicae) rapporté par l’historien romain Justin (cf. voix off de la vidéo di-dessus). Le premier vécut au Ier siècle, le second au IVe siècle, ce qui les place 7 à 900 ans après les fait supposés…

Une version plus ancienne d’Aristote, le célèbre philosophe grec ayant vécu dans la première moitié du IVe siècle avant notre ère, rapporte une histoire légèrement différente :

« Les Phocéens, qui pratiquaient le commerce en Ionie fondèrent Massalia. Euxène, le Phocéen, était l’hôte du roi Nanos (tel était son nom). Ce Nanos célébra les noces de sa fille alors que par hasard Euxène était présent. Il l’invita au banquet. Le mariage se faisait de cette manière : il fallait qu’après le repas l’enfant entre et donne une coupe de boisson tempérée à qui elle voulait des prétendants présents. Et celui à qui elle aurait donné la coupe, celui-là devait être son époux.

L’enfant entre donc et, soit par hasard soit pour une autre raison, donne [la coupe] à Euxène. Le nom de l’enfant était Petta. À la suite de cet événement, comme le père acceptait qu’il eût la jeune fille en pensant que le don avait été fait avec l’accord de la divinité, Euxène la reçut pour femme et cohabita, changeant son nom (à elle) en Aristoxène. Et il y a à Massalia une famille issue de cette femme, encore maintenant, appelée Prôtiades. Car Prôtis fut le fils d’Euxène et d’Aristoxène. »

Là encore, nous sommes face à un récit tardif (200 ans après la fondation de Marseille).

Que révèle l’archéologie ?

Marseille, le jardin des vestiges

La colonie phocéenne semble s’être établie, dans un premier temps, dans la zone du fort Saint-Jean avant de s’étendre progressivement vers la Vieille Charité dans le courant du VIe siècle av. J.-C. À la fin du siècle, la cité atteint la zone de la Bourse. Les fouilles du jardin des vestiges, ont d’ailleurs révélé les traces d’une fortification datant de cette époque (vers 510-500). C’est également à cet endroit que l’on a découvert l’épave d’un bateau qui est conservé au Musée d’histoire de Marseille.

À partir du IVe siècle, la ville s’étend vers le nord (Joliette, Carmes). Henri Trézigny estime qu’à cette époque, la ville devait couvrir une cinquantaine d’hectares.

Dernier vestige en date à avoir été découvert (2017) : la carrière de la Corderie, l’une des plus anciennes carrières de pierre connues dans le bassin Méditerranéen.

 

Un mythe inspirant

Le mythe fondateur de Marseille a inspiré beaucoup de créations artistiques, notamment au XIXe siècle où le courant romantique remet au goût du jour des histoires venues de l’Antiquité.

Ainsi, Louis-Ernest Barrias obtient le Grand prix de Rome de sculpture en 1865 avec son relief « La fondation de la ville de Marseille » par exemple.

En 1899, une grande célébration des 2500 ans de la fondation de Marseille est organisée. Pour l’occasion, le peintre et lithographe David Dellepiane réalise une superbe affiche représentant Gyptis offrant la coupe à Protis.

Plus récemment, une médaille de la monnaie de Paris, créée par Jean Vézien, a été frappée, pour commémorer l’événement.

Enfin, au cinéma aussi on retrouve nos deux illustres époux, notamment dans Honoré de Marseille en 1956 (réal. Maurice Regamey), dans lequel Fernandel – Honoré nous raconte l’histoire de sa ville natale.



Pour en savoir plus

Justin, « La fondation de Marseille », Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue-Pompée, XXIII

Roger Duchêne, Marseille : 2600 ans d’histoire, 1998


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